La prise de parole en public
Une grande angoisse, des
palpitations, peut être même n’avez vous pas dormi cette nuit à la seule idée
de devoir vous exprimer devant un public. Gérard Zenoni,
consultant en communication, vous propose en 4 chapitres d’apprivoiser cet
exercice de style.
Gérard Zenoni, Consultant.
- Chap. 1 - Trac ou stress ?
- Chap. 2 - Les 12 règles de la prise de
parole en public
- Chap. 3 - Les clefs de la communication
- Chap. 4 - Conquérir l’auditoire
Chap. 1 - Trac ou stress ?
Le trac, selon le
Dictionnaire Larousse, c’est « la peur irraisonnée que l’on ressent
au moment de paraître en public ou de subir une épreuve ».
Irraisonné... voilà bien le nœud du problème. On comprend donc bien que
ce n’est pas par la raison qu’on combattra le plus efficacement le trac.
Le trac se manifeste d’abord physiquement :
- Mains moites,
- Nœud à l’estomac,
- Accélération du
rythme cardiaque
- Essoufflement,
impression d’oppression, de manque d’air,
- Gestes incontrôlés,
tremblements
- Trou noir
- Bégaiement, débit
accéléré, voix qui ne porte pas, qui ne sort pas, etc...
Il faut donc affronter le trac sur
le même terrain, avec son corps. C’est par la respiration que l’on peut
le plus efficacement contrôler ce trac. Elle permet tout simplement de mieux
nous alimenter en oxygène. L’organisme a tout particulièrement besoin de ce « carburant »
dans les situations de stress comme la prise de parole, forte consommatrice
d’oxygène.
Or si celui-ci arrive moins bien à notre cerveau, parce qu’on a par exemple
« le souffle coupé » par l’émotion, nos idées sont moins claires. La
panique monte. On a encore plus le trac. Les manifestations physiques de ce
trac augmentent, à commencer par la respiration oppressée. Un cercle vicieux
s’installe. Plus on a le trac, moins on respire. Moins on respire, plus on a le
trac...
Seule une respiration profonde, calme et abdominale permet de calmer ces
manifestations physiques du trac.
Et la tête ? On a beau respirer correctement, cela n’empêche pas
toujours le cerveau de « gamberger » avant une prise de parole devant
un auditoire impressionnant. Appréhensions, idées négatives, tout cela est
normal : le trac est commun à tout le monde. Ne pas en avoir relèverait de
l’inconscience. Mais, contrôlé par la respiration, ce trac n’est que du
« stress positif ». C’est comme le cholestérol, il en faut. Mais du
bon !
Il ne faut jamais oublier que la plupart du temps le trac ne se voit pas.
Dites-vous bien que dans l’assistance tout le monde est ravi que ce soit
« vous » qui preniez la parole. Ceux qui vous écoutent vous sont
reconnaissants d’occuper l’estrade et, a priori, aucun des participants
n’aimerait être à votre place !
Chap. 2 - Les 12 règles de la prise
de parole en public
- 1. L’arrivéeAvant tout, du calme. Pas de précipitation. Pas de prise de parole avant d’avoir rejoint l’estrade, la table ou le pupitre. Qui se pose, s’impose !
- 2. La positionJe suis debout face à l’assistance, droit, les deux pieds bien à plat, légèrement écartés, les épaules relâchées. Je ne suis pas affalé, simulant, même inconsciemment, une improbable décontraction. Je ne suis pas les mains dans les poches, ou les bras croisés. Qui se pose, s’impose !Si je suis assis à une table, je me tiens droit, les deux pieds bien à plat sur le sol.
- 3. Le strip-teaseVos interlocuteurs ne vous connaissent pas nécessairement. Laissez-leur le temps de vous découvrir, de vous scanner, de vous « déshabiller » de la tête au pieds. Ces quelques secondes sont primordiales. Elles donnent le tempo. Votre tempo ! Et c’est vous qui allez l’imposer car qui se pose, s’impose ! Pendant ce « striptease » que l’on vous fait subir, regardez vos interlocuteurs (cf. règle n°5)
- 4. La respirationC’est la clef de voûte du dispositif et de ces 12 règles. Sans elle, les 11 autres recommandations sont bancales, voire inopérantes (cf. Trac ou Stress ? p. 2).
- 5. Le regardLe regard précède les mots. Quand je regarde le plafond, je parle au plafond et quand je regarde mes pieds, je parle à mes pieds... On pourrait citer la phrase de Jean Guitton : "être éloquent ce n’est pas parler en général, mais dire quelque chose à quelqu’un." Ce quelqu’un, pour lui parler, il faut le regarder. Si l’assistance est composée de 6 personnes, mon regard - un vrai regard, les yeux dans les yeux - passe de l’une à l’autre, au gré des phrases. Devant une assistance importante, je balaie la salle du regard. Mais toujours, je garde le contact visuel avec le public. Cela permet de maintenir le contact avec le présent et la réalité, tout en empêchant le cerveau d’aller « se promener ». Vous levez les yeux au ciel pour chercher vos idées ? Fausse bonne idée. Ne regardez que des yeux. Pas des fronts ou des cravates. Et vous le constaterez : vos idées sont dans vos yeux...
- 6. Le sourireUn vrai sourire. Je suis heureux d’être là, avec vous. Et si l’on est en train d’annoncer des choses qui ne sont pas réjouissantes, on affiche tout de même un visage avenant.
- 7. La projectionVous commencez à parler. Tout le monde vous regarde fixement, personne ne sourit, certains sont même plongés dans leur documentation ou parlent à l’oreille de leur voisin : c’est sûr, je ne les intéresse pas, je suis mauvais, on se moque de moi. Et bien non ! Vous êtes simplement en train de projeter vos propres craintes sur le public. Dès que vous aurez dépassé les premières minutes de votre exposé, en ayant « accroché » l’auditoire, celui-ci sera pendu à vos lèvres, vous envoyant de ce fait d’autres signaux, positifs ceux-là, et qui vous encourageront.
- 8. L’articulationFaut-il préciser pourquoi il est important d’articuler ?
- 9. Le débitEt faut-il préciser pourquoi il ne faut pas parler trop vite ?
- 10. L’intonationParler calmement et distinctement ne signifie pas qu’il faut être ennuyeux et rébarbatif. Ne vous privez pas d’intonations. Ce sont elles qui feront passer toute la gamme des émotions : de la joie à la tristesse, en passant par l’humour, la colère, la tendresse, l’ironie, le charme, etc. Plus vous mettrez d’émotions - donc de l’« humain » - dans vos messages, plus vos auditeurs pourront s’identifier, et donc s’approprier ce que vous leur racontez.
- 11. Les pausesPour plein de raisons. D’abord parce qu’il est indispensable de reprendre régulièrement son souffle. Ensuite, parce qu’il faut laisser à l’auditoire le temps d’intégrer ce que vous êtes en train de lui expliquer (sous peine de le voir décrocher). Des pauses également pour s’assurer que tout le monde suit. Mais aussi parce que le silence fait ressortir vos mots, suscite l’attention, crée du suspense... Pour toutes ces raisons, ne craignez pas de marquer des pauses. « La vraie musique est entre les notes » a écrit Mozart dans son journal. A quoi Sacha Guitry ajoutait : « Quand on a entendu du Mozart, le silence qui suit, c’est encore du Mozart ! »
- 12. Se préparerEnfin, avant toute prise de parole en public, on se prépare. On ne sort pas en boîte de nuit la veille d’une prise de parole importante. On adopte une bonne hygiène de vie, on boit de l’eau avant, et pendant l’intervention. Et puis on prépare son intervention. Quel est le message que je veux faire passer ? Quel est mon objectif ? Quels sont les risques ? Quels exemples puis-je donner ? Quelles objections va-t-on m’opposer ?
Chap. 3 - Les clefs de la communication
1. Tenir compte de ses interlocuteurs et du contexte
Dans tout processus de communication, plusieurs paramètres entrent en ligne de
compte. On aurait spontanément tendance à se focaliser exclusivement sur
l’information : qu’est-ce que je veux transmettre ? Mais on ne parle
pas à son banquier comme à son épouse, sa belle-mère, son patron ou ses
enfants ! De plus, le contexte de cette communication a également son
importance. Même chose pour une prise de parole en public.
Communiquer, c’est avant tout mettre en relation, de façon pertinente,
l’orateur, le public, le sujet et le contexte. C’est aussi définir son
objectif, par rapport au thème abordé. Et attention à ne pas confondre les deux
comme c’est si souvent le cas !
Le journaliste n’écrit pas un article pour qu’il emballe du poisson. Il veut
être lu, intéresser, voire susciter un abonnement. De même il ne parle pas à la
radio ou à la télévision, pour occuper l’antenne. Là aussi, il veux intéresser
et captiver pour lutter contre le zapping.
Cette règle vaut pour l’entreprise : un cadre ne parle pas seulement pour
occuper la tribune ou faire impression dans une réunion. Il ne rédige pas une
étude pour qu’elle se retrouve, au mieux sur une étagère, au pire à la
poubelle ! Il veut convaincre de mettre en place telle restructuration,
lancer tel nouveau produit, ou supprimer telle filiale.
Pendant toute la prise de parole, l’orateur doit avoir en tête son
objectif : qu’est-ce que je veux que le public, sache, fasse, apprenne,
comprenne, retienne, achète, accepte, etc...
S’il sent qu’il est en train de passer à côté de l’objectif (par exemple si
l’orateur prend conscience qu’il n’est pas convaincant, si l’auditoire devient
hostile, si le sujet abordé s’avère trop complexe ou encore si l’intervention
est trop longue par rapport au programme d’une manifestation établi de longue
date) il doit modifier sa prestation en temps réel. Surtout ne pas continuer
comme si de rien n’était. Qu’importe le thème, c’est l’objectif qu’il faut
atteindre ! Quitte par exemple à ne pas aborder toutes les parties
prévues, à survoler le sujet, à être moins précis mais plus vivant, etc...
- 2. Préparez votre intervention
- Listez vos idées
A vous le brainstorming ! Sans
censure. Jetez tout ce qui vous passe par la tête sur le papier. Une
« mauvaise » idée n’est jamais mauvaise car elle peut vous mettre sur
la piste d’une bonne.
- Regroupez ces idées par thème et éliminez les idées
secondaires
On ne peut pas tout dire ! Et
si vous n’êtes pas convaincu dites-vous que « le Seigneur a créé le monde
en six jours - vous pouvez expliquer ce que vous avez à dire en six
minutes ! » Sinclair Lewis. Allez à l’essentiel et faites des choix.
C’est encore la meilleure façon de ne pas perdre de vue votre objectif et de
conserver l’intérêt de votre auditoire.
- Construisez votre plan, et sélectionnez des exemples
En général, trois idées suffisent. A
la limite, un plan binaire (avantages/ inconvénients, hier/aujourd’hui,
avant/après, etc...).
Et puis surtout, « humanisez » votre message, avec des images,
des souvenirs, des anecdotes. En illustrant vos propos avec des exemples
concrets, pris dans la vie courante, vous permettez au public de s’identifier
car vous vous adressez autant à ses « tripes » qu’à sa tête.
Et comme un dessin vaut un long discours, vous communiquerez en quelques mots
ce qui vous aurait pris beaucoup plus de temps avec une explication abstraite.
Les journalistes ne font pas autre chose : ils partent d’une situation
précise (la boulangère à sa caisse le 1er janvier 2002 au matin, dépassée par
les évènements pour rendre la monnaie en euro) pour illustrer une information
plus générale (le passage à l’euro le 1er janvier 2002). Tout le monde comprend
en deux secondes que cela ne va pas être de la tarte !
- 3. Préparer votre « roue de secours »
Les orateurs se raccrochent bien souvent à leurs notes. Cette roue de
secours les rassure. Mais en fait elle leur permet de ne pas affronter le
regard du public, de ne rien oublier. Moyennant quoi, ils peuvent être assurés
de raser leur auditoire !
Il n’y a qu’une roue de secours par voiture et elle est dans le coffre. En
d’autres termes, les notes doivent être succinctes et rester dans un coin.
Au cas où. Si tout ce passe bien, inutile de les regarder (vous ne roulez pas
avec votre roue de secours sur les genoux ?)
Ces notes, qui doivent pouvoir tenir sur un simple bristol, ne comporteront que
quelques mots-clefs destinés à vous remettre sur les rails en cas de
besoin. On y écrira par exemple les premiers mots de son intervention,
qu’on aura appris par cœur, car la façon dont ces tout premiers mots sont reçus
conditionne toute la suite du discours. Pour le reste de l’exposé, un style
télégraphiste suffit, quelques mots pour l’introduction, les deux ou trois
parties du plan, quelques mots encore pour d’éventuelles sous parties, et enfin
un mot pour la conclusion.
L’introduction doit être particulièrement soignée. Idéalement, elle doit
comporter une accroche. Françoise Giroud le rappelait souvent : « Inutile
d’avoir du talent à la 5ème ligne, si le lecteur ne franchit pas les
précédentes ».Votre première phrase doit être simple mais
percutante : on peut partir d’un exemple, d’un témoignage personnel, d’une
anecdote, d’un proverbe, d’une question. Tout est bon du moment que cette
phrase accroche l’attention de ceux qui vous écoutent et leur donne envie d’entendre
la suite.
Suivent les quelques mots-clef de votre introduction. Celle-ci doit
introduire l’auditoire à votre objectif, en annonçant votre plan.
Enfin, quelques mots-clef pour votre conclusion. Celle-ci d’ailleurs
reprendra votre objectif. Car il important de « boucler la boucle ».
Ou encore, comme le dit Jean Guitton, évoquant les trois parties d’une prise de
parole (introduction, développement et conclusion) : « Je dis ce que
je vais dire, je le dis, je dis que je l’ai dit »...
- 4. Répétez
Testez votre discours. Dites-le à
voix haute, seul chez vous. Chronométrez votre intervention et vérifiez qu’elle
ne dépasse pas le temps qui vous est imparti, car souvent « ce qui
manque aux orateurs en profondeur, ils vous le donnent en longueur »...
(Montesquieu). On d’autres termes, « il ne faut pas jeter un déluge de
mots sur un désert d’idées »
Chap. 4 - Conquérir l’auditoire
- 1. Par le corps
Notre corps parle. Nous
sommes d’abord vus avant d’être entendus. Et ce corps envoie des messages, des
informations. Elles peuvent aller dans le sens de notre discours. Mais elles
peuvent aussi dire exactement l’inverse. Or qu’est-ce qui a le plus
d’impact : ce que dit votre bouche, ou ce que dit votre corps ?
Il faut savoir que l’impact que nous avons auprès du public dépend pour 80%
de nos attitudes et de nos comportements, et pour 20% seulement de notre
discours. De l’intérêt de ne pas se soucier uniquement du message mais de
travailler sur la « forme » de la prise de parole en public.
- 2. Par les mots
On entraînera mieux l’adhésion si
l’on joue sur ces trois tableaux :
- Logos :
le discours, les mots, les faits, les chiffres...
- Ethos :
la légitimité de l’orateur (est-il crédible)
- Pathos :
l’émotion que fait passer l’orateur à son public.
Un discours uniquement factuel,
froid, sur le seul registre du « Logos » n’aura pas un impact fort.
Si on lui ajoute de « l’Ethos » (« voilà mon expérience, voilà
ce que mon métier m’a appris, voilà ce que j’ai étudié, etc...) le discours
risque d’être mieux accepté. Enfin, si l’orateur fait vibrer la corde sensible
et touche le public émotionnellement, avec des exemples vécus, des anecdotes,
il aura vraiment convaincu son public et réussi à transmettre son message.
- 3. Par la simplicité
Les rédacteurs en chef donnent
souvent ce conseil aux journalistes trop confus à l’antenne : « Imaginez
que vous parlez à un enfant de 12 ans ». C’est peut-être simpliste et
réducteur mais cela a le mérite d’obliger le spécialiste des sciences, ou de
l’économie, à aller à l’essentiel avec des mots compréhensibles par le plus
grand nombre.
Il ne faut jamais oublier que le locuteur moyen utilise peu de mots et ignore
les termes plus subtils ou techniques (d’ailleurs « locuteur », dans
cette phrase, serait remplacé par « le français moyen », « les
gens » ou « celui qui parle », car ce substantif - pardon, ce
mot ! - est déjà trop savant...)
De même que le journaliste élague, simplifie, vulgarise, condense, de même
faites des phrases courtes, évitez le jargon, l’excès de chiffres, les
allusions subtiles ou les sous-entendus sibyllins ! Un « problème »
vaut mieux que toutes les « problématiques » et un « retour »
sera toujours plus clair qu’un « feedback »...
« Il y a des sottises bien habillées, comme il y a des sots bien vêtus »
Chamfort. Appelez donc un chat, un chat. Et non un félin domestique !
NB: POUR VOS QUESTIONS ET PRÉOCCUPATIONS, contactez votre Conseiller Emploi.










